La capitale française compte plus de 25 000 établissements de restauration, faisant de Paris l’une des villes les plus compétitives au monde pour l’ouverture d’un restaurant. Chaque année, des milliers d’entrepreneurs se lancent dans l’aventure gastronomique parisienne, attirés par le rayonnement international de la ville et sa clientèle cosmopolite. Cependant, le taux d’échec reste élevé : près de 50% des restaurants parisiens ne passent pas le cap des deux premières années d’exploitation. Cette réalité s’explique par la complexité des démarches administratives, l’exigence des normes sanitaires et la férocité de la concurrence. Réussir l’implantation d’un établissement de restauration dans la capitale nécessite une préparation rigoureuse, une connaissance approfondie du marché local et une maîtrise parfaite des obligations réglementaires. De l’étude de marché à la stratégie digitale, chaque étape demande une attention particulière pour transformer votre projet gastronomique en succès durable.
Étude de marché et business plan pour la restauration parisienne
L’étude de marché constitue le socle de votre projet de restauration parisien. Cette analyse approfondie vous permettra d’évaluer la viabilité économique de votre concept et d’identifier les opportunités commerciales dans une ville où l’offre gastronomique est particulièrement dense. Vous devez examiner attentivement les tendances de consommation actuelles, qui montrent notamment une forte demande pour la cuisine végétale, les produits bio et locaux, ainsi qu’une préférence croissante pour les expériences culinaires authentiques. Le marché parisien présente des caractéristiques uniques : une clientèle internationale représentant 40% des clients potentiels, une forte concentration de travailleurs disposant d’un pouvoir d’achat élevé, et des habitudes de consommation différenciées selon les arrondissements.
Analyse de la concurrence dans les arrondissements stratégiques (marais, montmartre, Saint-Germain)
L’analyse concurrentielle doit se concentrer sur les zones géographiques que vous ciblez. Le Marais, quartier prisé des touristes et des jeunes actifs, compte environ 350 restaurants proposant une offre variée allant du falafel traditionnel à la cuisine fusion contemporaine. Les tickets moyens oscillent entre 25€ et 45€ par personne, avec des pointes à 70€ pour les établissements gastronomiques. À Montmartre, l’offre touristique domine avec des brasseries traditionnelles, mais une demande émerge pour des concepts plus innovants et accessibles. Saint-Germain-des-Prés représente un positionnement haut de gamme, avec des restaurants établis depuis plusieurs décennies et une clientèle fidèle exigeante.
Pour chaque concurrent identifié, analysez leur concept, leur positionnement tarifaire, leurs points forts et leurs faiblesses. Consultez les avis clients sur les plateformes numériques pour comprendre les attentes non satisfaites du marché. Cette démarche révèle souvent des niches inexploitées : par exemple, plusieurs quartiers parisiens manquent d’établissements proposant une cuisine méditerranéenne authentique à prix modérés, ou de restaurants offrant des options végétariennes élaborées au-delà de simples salades.
Définition du concept gastronomique et positionnement tarifaire
Votre concept doit répondre à une demande identifiée lors de l’étude de marché tout en reflétant votre vision personnelle. La tendance actuelle privilégie les restaurants à taille humaine (30 à 50 couverts),
avec une carte courte, maîtrisée, et une identité culinaire claire (bistronomie, cuisine de terroir, street-food premium, gastronomique, etc.). À Paris, le positionnement tarifaire doit être cohérent avec le quartier, le pouvoir d’achat local et le niveau d’expérience proposé. Par exemple, un ticket moyen à 18‑22€ le midi peut fonctionner dans un quartier de bureaux (Bercy, La Défense), tandis qu’un dîner à 45‑60€ sera plus adapté à Saint‑Germain ou aux abords du Louvre. L’enjeu est d’aligner vos prix avec vos coûts matières, vos charges fixes et la perception de valeur de vos clients.
Pour affiner ce positionnement, calculez précisément votre food cost cible (généralement entre 25% et 32% du prix de vente en restauration traditionnelle) et tenez compte des spécificités parisiennes : loyers élevés, masse salariale importante, saisonnalité touristique marquée. Un concept bien défini se résume en quelques lignes : type de cuisine, ambiance, promesse client, fourchette de prix. Si vous n’arrivez pas à l’expliquer clairement, c’est souvent le signe qu’il faut encore simplifier ou clarifier votre idée avant d’engager des investissements lourds.
Prévisionnel financier et calcul du seuil de rentabilité
Le prévisionnel financier est l’outil qui vous permet de vérifier noir sur blanc si votre restaurant à Paris peut être rentable. Il doit intégrer un compte de résultat prévisionnel, un plan de trésorerie mensuel et un plan de financement sur au moins trois ans. Vous y estimerez notamment le chiffre d’affaires attendu (nombre de couverts par service, ticket moyen midi/soir, taux de remplissage), le coût des marchandises, les charges de personnel, le loyer, les charges d’énergie, les assurances, ainsi que les remboursements d’emprunts.
Le calcul du seuil de rentabilité est une étape clé : il s’agit du niveau de chiffre d’affaires à partir duquel votre restaurant couvre l’ensemble de ses charges et commence à générer un bénéfice. Pour l’obtenir, vous devez distinguer vos charges fixes (loyer, salaires permanents, abonnements, assurances) de vos charges variables (matières premières, extras, commissions de plateformes, etc.). À Paris, beaucoup d’établissements sous-estiment leurs besoins de trésorerie des premiers mois : prévoyez une marge de sécurité équivalente à 3 à 6 mois de charges fixes pour absorber la montée en puissance de la clientèle et les aléas (retard de travaux, saisonnalité, grèves, météo).
Un prévisionnel solide est indispensable pour convaincre les banques, investisseurs ou partenaires comme Bpifrance. Posez-vous la question suivante : « Mon modèle tient-il toujours si mon chiffre d’affaires est 20% inférieur à mes prévisions la première année ? ». Si la réponse est non, vous devrez ajuster le concept, réduire les charges fixes, revoir le nombre de couverts ou reconfigurer votre offre (service continu, vente à emporter, livraison) pour diversifier les sources de revenu.
Identification de l’emplacement commercial et négociation du bail 3-6-9
À Paris, l’emplacement est souvent le premier facteur de réussite d’un restaurant. Vous devez analyser minutieusement le flux piéton, la visibilité depuis la rue, la proximité des transports en commun, des bureaux, des lieux culturels et des écoles. Une rue très passante mais déjà saturée en offre similaire sera parfois moins pertinente qu’une rue adjacente où votre concept fera figure de nouveauté. Visitez les lieux à différentes heures de la journée et de la semaine pour mesurer le potentiel réel, et discutez avec les commerçants voisins pour comprendre l’historique du local (fermetures successives, nuisances, travaux prévus dans le quartier).
La plupart des baux commerciaux parisiens sont des baux dits 3‑6‑9, d’une durée de 9 ans avec possibilité de résiliation triennale. La négociation de ce bail est un moment stratégique : outre le montant du loyer, soyez attentif au dépôt de garantie, à l’existence d’un pas-de-porte, aux charges récupérables, à la répartition des travaux (gros œuvre, mise aux normes) et aux clauses de destination. Cette dernière doit mentionner explicitement l’activité de restaurant (idéalement de façon large : restauration sur place et à emporter, débit de boissons) pour éviter d’avoir à demander une déspécialisation coûteuse par la suite.
Face à la complexité des baux parisiens, il est fortement recommandé de vous faire accompagner par un avocat ou un expert-comptable spécialisé CHR lors de la signature. Un bail trop rigide ou trop cher peut condamner votre projet avant même l’ouverture. N’hésitez pas à négocier des aménagements : franchise de loyer pendant les travaux, loyer progressif les premières années, plafonnement de certaines charges. Pensez enfin à vérifier la conformité du local au règlement de copropriété et aux règles d’urbanisme, surtout si vous prévoyez une extraction de fumées ou une terrasse.
Démarches administratives et licences obligatoires auprès de la préfecture de police
Une fois votre concept, votre business plan et votre emplacement définis, vous devez vous attaquer aux démarches administratives spécifiques à Paris. La capitale a la particularité de cumuler des règles nationales (Code de la santé publique, Code de commerce) et des exigences locales, notamment via la Préfecture de Police et la Mairie de Paris. Ces formalités encadrent la vente d’alcool, l’ouverture de l’établissement au public et la conformité de votre activité.
Obtention de la licence restaurant (licence III ou IV) et permis d’exploitation
Si vous souhaitez vendre des boissons alcoolisées dans votre restaurant, l’obtention d’une licence et d’un permis d’exploitation est obligatoire. Deux cas de figure existent : la petite licence restaurant, qui autorise la vente des boissons des deux premiers groupes uniquement à l’occasion des repas, et la licence restaurant ou, si vous fonctionnez aussi comme bar, une licence III ou IV de débit de boissons à consommer sur place. À Paris, ces licences sont particulièrement recherchées, et les licences IV ne peuvent plus être créées ex nihilo : elles s’acquièrent par transfert ou rachat.
Avant de déclarer l’ouverture de votre restaurant, vous devez suivre une formation spécifique auprès d’un organisme agréé pour obtenir le permis d’exploitation. Cette formation dure en général 20 heures (3 jours) pour les nouveaux exploitants, et aborde la prévention de l’alcoolisme, la protection des mineurs, la lutte contre le bruit, les responsabilités civile et pénale, ainsi que les règles de fermeture administrative. Le permis d’exploitation est valable 10 ans et doit être présenté lors de la déclaration de licence à la mairie ou à la Préfecture de Police pour Paris.
Déclaration d’ouverture à la mairie d’arrondissement de paris
Au moins 15 jours avant l’ouverture effective de votre restaurant parisien, vous devez effectuer une déclaration administrative d’ouverture. À Paris, cette démarche s’effectue soit auprès de la mairie de l’arrondissement concerné, soit auprès de la Préfecture de Police selon la nature de l’activité (restaurant, débit de boissons, vente à emporter avec alcool). Vous devrez remplir le formulaire CERFA approprié, joindre la copie de votre pièce d’identité, votre permis d’exploitation et les informations sur la licence utilisée ou transférée.
Cette déclaration donne lieu à la délivrance d’un récépissé, qui matérialise votre droit d’exploiter le restaurant dans les conditions déclarées. Attention : tout changement important (transfert du fonds, modification de la nature de l’établissement, cession de licence) doit faire l’objet d’une nouvelle déclaration. Ne négligez pas non plus les demandes spécifiques si vous prévoyez une terrasse sur le domaine public : une Autorisation d’Occupation Temporaire (AOT) doit être sollicitée auprès de la mairie d’arrondissement et n’est jamais automatiquement transférée lors du rachat d’un fonds de commerce.
Immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS)
L’immatriculation de votre restaurant au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) est la formalité qui donne une existence juridique à votre entreprise. Elle se fait désormais en ligne via le guichet unique des formalités des entreprises, qui transmet les informations au greffe du Tribunal de commerce de Paris. Vous devrez fournir les statuts signés si vous créez une société (SARL, SAS, etc.), l’attestation de dépôt des fonds, la preuve de jouissance des locaux (bail, attestation du propriétaire), une déclaration de non-condamnation et diverses pièces d’identité.
Une fois la formalité validée, votre entreprise obtient un numéro SIREN, un ou plusieurs numéros SIRET correspondant à vos établissements, ainsi qu’un extrait Kbis. Ce document est indispensable pour ouvrir un compte bancaire professionnel, signer certains contrats (fournisseurs, énergies) ou encore finaliser des démarches auprès de l’administration (DDPP, URSSAF). À Paris, où les contrôles sont fréquents, il est important de conserver une version à jour de votre Kbis et de signaler au greffe tout changement majeur (transfert de siège, changement de gérant, modification d’activité).
Formation hygiène alimentaire HACCP et déclaration DDPP
Au moins une personne au sein de votre restaurant doit avoir suivi une formation en hygiène alimentaire de type HACCP, d’une durée minimale d’environ 14 heures. Cette obligation vaut pour tout établissement de restauration commerciale et est particulièrement surveillée à Paris, où les services de contrôle procèdent à des inspections régulières. La formation couvre notamment la chaîne du froid, la prévention des contaminations croisées, le nettoyage-désinfection, la traçabilité et la gestion des non-conformités.
En parallèle, toute activité manipulant et servant des denrées d’origine animale ou en contenant (viandes, poissons, produits laitiers) doit faire l’objet d’une déclaration d’existence auprès de la Direction Départementale de la Protection des Populations (DDPP) de Paris. Cette déclaration, réalisée au moyen du formulaire CERFA dédié, doit être effectuée avant l’ouverture et permet d’enregistrer votre établissement dans le système de contrôle sanitaire. Ne pas effectuer cette démarche vous expose à des sanctions administratives et à une fermeture temporaire en cas de contrôle défavorable.
Normes sanitaires et conformité des locaux selon le règlement sanitaire départemental
Les normes sanitaires applicables aux restaurants parisiens sont définies à la fois par le règlement sanitaire départemental, par les règlements européens (Paquet Hygiène) et par des arrêtés nationaux. Votre local doit être conçu et exploité de manière à limiter tout risque pour la santé publique : propreté des surfaces, séparation des flux propres et sales, maîtrise des températures, qualité de l’eau, gestion des déchets et lutte contre les nuisibles. Dans une ville dense comme Paris, ces exigences sont scrutées avec une attention particulière.
Aménagement de la cuisine professionnelle aux normes ERP
Votre restaurant est classé comme Établissement Recevant du Public (ERP), avec des obligations spécifiques en matière de sécurité incendie, d’accessibilité et de circulation des personnes. L’aménagement de la cuisine doit tenir compte des flux de travail : réception des marchandises, stockage, préparation, cuisson, dressage, plonge. Les matériaux utilisés (sols, murs, plans de travail) doivent être lessivables, résistants et adaptés au contact alimentaire. Les circuits propres (vaisselle propre, produits finis) et sales (déchets, vaisselle sale) doivent être clairement séparés pour éviter les contaminations croisées.
Avant de lancer les travaux, il est souvent nécessaire de déposer en mairie une déclaration préalable ou une demande de permis de construire si vous modifiez significativement l’aspect extérieur ou la structure du local. À Paris, les architectes des Bâtiments de France peuvent également intervenir si votre établissement se situe dans un secteur sauvegardé. Il est donc pertinent de travailler avec un architecte ou un bureau d’études spécialisé dans les cuisines professionnelles pour concevoir un plan conforme aux normes ERP et aux attentes des services de contrôle.
Installation du système de ventilation et extraction des fumées
La ventilation et l’extraction des fumées constituent souvent le point le plus sensible techniquement et juridiquement à Paris. Le règlement sanitaire impose une extraction indépendante, dimensionnée en fonction de la puissance des appareils de cuisson, avec rejet en toiture et non en façade sur rue ou cour intérieure, sauf cas particuliers très encadrés. Dans les immeubles anciens, l’installation ou la mise aux normes d’une hotte avec conduit jusqu’au toit nécessite l’accord de la copropriété et le respect strict des règles d’urbanisme.
Un système insuffisant ou mal conçu entraîne non seulement des nuisances pour le voisinage (odeurs, bruit du moteur) mais aussi des risques pour vos équipes (chaleur, fumées) et pour la sécurité incendie. Avant de signer le bail, vérifiez si une extraction existante est conforme et exploitable pour votre activité. Sinon, faites chiffrer précisément les travaux par un installateur spécialisé et discutez de la répartition des coûts avec le bailleur. Comme pour la fondation d’une maison, une bonne extraction est le socle technique sur lequel repose la viabilité de votre restaurant.
Contrôle des services vétérinaires et certification sanitaire
Une fois votre restaurant ouvert, vous serez susceptible de recevoir des contrôles de la DDPP (services vétérinaires) à tout moment, annoncés ou inopinés. Ces inspections portent sur l’état général des locaux, le respect de la chaîne du froid, l’organisation des stocks, la traçabilité des produits, la mise à jour du plan de maîtrise sanitaire (PMS) et la formation du personnel. À l’issue de ce contrôle, une grille d’évaluation est remplie, pouvant donner lieu à des remarques, des injonctions de mise en conformité voire, en cas de non-conformités graves, à une fermeture administrative.
Pour réduire le risque de mauvaises surprises, mettez en place des procédures écrites simples : relevés de températures quotidiens des chambres froides, plan de nettoyage-désinfection, suivi des DLC, enregistrement des fournisseurs agréés. Pensez à former vos équipes dès leur arrivée et à organiser des rappels réguliers. Un restaurant parisien qui maîtrise bien ses obligations sanitaires gagne non seulement en sérénité face aux contrôles, mais renforce aussi la confiance de sa clientèle, à une époque où la transparence alimentaire est devenue un critère de choix majeur.
Constitution juridique et choix du statut optimal (SARL, SAS, micro-entreprise)
Le choix du statut juridique de votre restaurant à Paris influence votre responsabilité, votre régime social, votre fiscalité et votre capacité à lever des fonds. Trois grandes options sont souvent envisagées : l’entreprise individuelle (dont la micro-entreprise), la SARL/EURL et la SAS/SASU. Chacune présente des avantages et des limites qu’il convient de mettre en perspective avec l’ampleur de votre projet, le niveau d’investissement initial, le nombre d’associés et vos perspectives de développement.
La micro-entreprise peut séduire par sa simplicité, mais elle est rarement adaptée à un restaurant parisien : plafonds de chiffre d’affaires, impossibilité de déduire la TVA sur les achats importants, difficulté à absorber de gros investissements (cuisine, travaux, droit au bail). L’entreprise individuelle « classique » offre plus de latitude, mais engage votre patrimoine (même si votre résidence principale est protégée) et peut être moins attractive pour les banques. En pratique, la plupart des restaurants de taille significative font le choix d’une société commerciale : SARL/EURL ou SAS/SASU.
La SARL (ou EURL à associé unique) séduit par son cadre sécurisé et bien balisé, apprécié des banques et adapté aux projets familiaux. Le gérant majoritaire relève du régime des travailleurs non salariés (TNS), avec des cotisations souvent plus faibles mais une protection sociale moins étendue qu’en SAS. La SAS (ou SASU) offre quant à elle une grande souplesse statutaire et un statut d’assimilé-salarié pour le dirigeant, plus coûteux en charges sociales mais mieux perçu pour accueillir des investisseurs ou organiser des entrées/sorties d’associés. Dans un environnement concurrentiel comme Paris, la capacité à faire évoluer votre structure peut être un critère déterminant.
Avant de trancher, il est conseillé de simuler plusieurs scénarios avec un expert-comptable spécialisé CHR : niveau de rémunération souhaitée, dividendes, protection sociale, fiscalité (impôt sur le revenu ou impôt sur les sociétés), impact en cas de difficultés. Choisir un statut juridique, c’est un peu comme choisir le cadre de votre cuisine : une fois installé, il est possible de le modifier, mais cela reste coûteux et complexe. Autant partir dès le départ sur une configuration alignée avec vos ambitions de développement et votre tolérance au risque.
Recrutement du personnel qualifié et obligations sociales de l’employeur
Ouvrir un restaurant à Paris implique presque toujours de constituer une équipe, ne serait-ce que pour assurer le service en salle et la production en cuisine. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans la restauration, le recrutement et la fidélisation de vos salariés deviennent des enjeux aussi importants que la qualité de votre carte. À cela s’ajoute un cadre social strict : respect de la durée du travail, gestion des heures supplémentaires, application de la convention collective HCR, obligations de formation et de sécurité.
Déclarations URSSAF et affiliation à la caisse de retraite complémentaire
Avant même d’embaucher votre premier salarié, vous devez immatriculer votre entreprise auprès de l’URSSAF afin d’obtenir vos numéros de cotisant. Chaque embauche fait l’objet d’une déclaration préalable à l’embauche (DPAE), à transmettre au plus tard la veille de l’arrivée du salarié. Vous devrez ensuite déclarer et payer mensuellement ou trimestriellement les cotisations sociales (maladie, retraite, chômage, formation professionnelle) via la déclaration sociale nominative (DSN).
En parallèle, vous devez affilier votre restaurant à une caisse de retraite complémentaire et à un organisme de prévoyance, ainsi qu’à un service de santé au travail. À Paris, de nombreux restaurateurs choisissent de se faire accompagner par un cabinet social ou par leur expert-comptable pour sécuriser ces démarches et gagner du temps. Un défaut de déclaration ou un retard de cotisations peut entraîner pénalités et redressements, ce qui peut fragiliser la trésorerie de votre établissement, surtout les premières années.
Application de la convention collective HCR (Hôtels-Cafés-Restaurants)
Vos relations de travail avec vos salariés sont encadrées par la convention collective nationale des Hôtels-Cafés-Restaurants (HCR). Elle précise les classifications de postes, les salaires minima, la durée du travail, les majorations des heures supplémentaires, les règles relatives au travail de nuit, aux jours fériés, aux coupures, aux pourboires et aux avantages en nature (repas). À Paris, où les amplitudes horaires peuvent être importantes, il est primordial de mettre en place un système fiable de suivi du temps de travail et de planification des plannings.
La convention HCR impose également des dispositions spécifiques sur les périodes d’essai, les primes d’ancienneté, les repos compensateurs et la prise en compte des temps de trajet entre deux services dans certains cas. Ne pas respecter ces règles expose l’employeur à des litiges prud’homaux coûteux et chronophages. Vous avez tout intérêt à rédiger des contrats de travail clairs, adaptés à chaque poste (CDI, CDD, extra, apprentissage) et à informer vos salariés de leurs droits, notamment en matière de pourboires, qui bénéficient actuellement d’un régime social favorable sous certaines conditions.
Formation obligatoire du personnel et registre unique du personnel
En plus de la formation HACCP pour au moins un membre de l’équipe, d’autres obligations pèsent sur l’employeur en matière de formation et de sécurité. Vous devez notamment établir et tenir à jour un Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), informer et former vos salariés aux consignes de sécurité (incendie, premiers secours, utilisation des équipements), et organiser des visites médicales via le service de santé au travail. Dans un environnement comme la restauration, où les risques de coupures, brûlures et chutes sont élevés, ces démarches ne sont pas de simples formalités.
Le registre unique du personnel est obligatoire dès l’embauche du premier salarié. Il recense dans l’ordre d’arrivée tous les employés de l’établissement, avec leurs principales informations (identité, emploi, type de contrat, dates d’entrée et de sortie). Ce registre doit être tenu à disposition de l’inspection du travail et des organismes de contrôle. Pensez également à afficher dans vos locaux les informations obligatoires : horaires collectifs, coordonnées de l’inspection du travail, consignes de sécurité, interdiction de fumer, égalité professionnelle, etc. Un bon pilotage social, c’est un peu comme un bon service en salle : fluide, anticipé, et presque invisible aux yeux du client, mais essentiel à l’expérience globale.
Stratégie de lancement et visibilité digitale sur google my business et TheFork
Dans une ville où plus de 8 clients sur 10 choisissent leur restaurant après une recherche en ligne, la stratégie digitale n’est plus un « plus », mais un véritable pilier de votre lancement. Avant même l’ouverture, vous devez travailler votre présence sur Google, les plateformes de réservation comme TheFork, et les réseaux sociaux pour susciter l’intérêt, collecter des réservations et générer du bouche-à-oreille numérique. À Paris, un bon référencement local peut compenser un emplacement moins central et vous apporter une clientèle régulière.
La première étape consiste à créer et optimiser votre fiche d’établissement Google (anciennement Google My Business) : nom du restaurant, adresse précise, horaires, numéro de téléphone, site web, lien de réservation, photos professionnelles de la salle et des plats, description optimisée avec des mots-clés pertinents (« restaurant bistronomique à Paris 11 », « restaurant italien proche Bastille », etc.). Encouragez vos premiers clients à laisser des avis détaillés et répondez-y systématiquement, qu’ils soient positifs ou négatifs. Ces avis constituent votre vitrine de confiance et impactent directement votre positionnement dans les résultats de recherche.
Parallèlement, l’inscription sur une ou plusieurs plateformes de réservation en ligne comme TheFork peut accélérer le remplissage de votre salle, surtout au démarrage. Ces outils offrent une visibilité immédiate auprès d’une clientèle parisienne habituée à réserver en quelques clics et permettent de gérer votre plan de salle, vos disponibilités et parfois même vos campagnes promotionnelles (offres de lancement, réductions ciblées hors heures de pointe). Bien sûr, les commissions prélevées doivent être intégrées à votre modèle économique, mais utilisées intelligemment, ces plateformes peuvent jouer le rôle de tremplin les premiers mois.
Enfin, pensez votre communication digitale comme un prolongement naturel de votre concept : une page Instagram ou TikTok qui raconte les coulisses des travaux, l’arrivée des premiers produits de vos fournisseurs, les essais de carte, la présentation de l’équipe. Plus vous impliquerez votre future clientèle dans la naissance de votre restaurant, plus elle aura envie de venir le découvrir dès l’ouverture. À Paris, où l’offre est pléthorique, votre histoire, vos valeurs et votre identité numérique feront souvent la différence entre un établissement parmi d’autres et une adresse que l’on se recommande.
